Et si le vide est trop grand pour être comblé ? Si le temps a trop passé, s'est trop effiloché entre nos doigts ? Et si on n'y arrive pas ? On aura beau essayer de réparer les maux, poser des bandes, des pansements, sous la peau le sang ne cessera jamais de couler. Jamais. Hémoragie interne et puis le trou noir. Et tout d'un coup, on ne saura pas pourquoi, ou on fera comme si on se savait pas. On sera aveugle. Tout d'un coup, le coeur arrêtera de battre. Et on s'étonnera faussement. Car, tu le sais tout comme moi, les choses étaient mortes à l'intérieur depuis bien trop longtemps pour qu'aucune compresse n'arrive à contenir le sang qui aflue. Le sang plein de plomb et de remords. Rouge comme nos mains. Humide comme nos larmes trop longtemps retenues. Comme ce qui n'est jamais sorti, et comme ce qui ne sortira jamais. Un sang suintant de venin, un venin délicieux. Un venin mortel. Celui qui nous consumait il n'y a pas si longtemps. Rattraper le temps perdu ? Non. Je ne peux plus. Il y a trop de sang et de venin entre nous. Je ne te sens même plus. Je n'entends même plus ton coeur qui cognait tout près du miens. Je ne sens même plus ton odeur si singulière, et tes bras sont distants et ta poitrine est froide. Et tout ce qui nous lie encore, ce sont quelques affaires oubliées aux coins de nos vies. Quelques morceaux de tissus et quelques bout de papier non rendus, non restitués. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé de te garder. Tu as baissé les bras, et tu as fait comme si tu continuais à avancer à nos côtés, en marge. Mais tu étais déjà loin. Comme tout est mort... Et maintenant quoi ? Tu te dérobe devant le pas de ma porte.